Fashion Job à NYC : le jour où Anna Wintour m’a souri 3


Quand tu travailles dans la production d’événements dans la mode depuis plusieurs fashion weeks, c’est pas que tu es blasée mais un peu quand-même. Il en faut de plus en plus pour impressionner la fashionista qui vit en toi.

Au mois de juillet, alors qu’on était en pleine préparation pour les semaines de la mode New-Yorkaise et parisienne en septembre, mon boss m’annonça une nouvelle de taille. Un des designers pour lequel on travaille régulièrement a été nominé pour le titre tant convoité de jeune talent de l’année par le CFDA (Council of Fashion Designers of America). C’est un honneur incroyable dans le monde de la mode aux US. Parmi les gagnants, que des noms prestigieux. Les présentations devant le jury ont lieu dans les bureaux du magazine Vogue. La présidente du jury est Anna Wintour. Le designer en question a besoin de notre aide pour une mise en scène et un décor en dernière minute. L’event a lieu dans quatre jours. Ca faisait pas mal d’informations en moins d’une minute. La seule qui avait vraiment retenu mon attention, c’est que j’allais pousser la porte de l’antre sacré de la mode.

Si un an auparavant, on m’avait dit que j’allais me balader dans les bureaux de Vogue, je me serais roulée par terre. D’ailleurs j’avais un peu envie de me rouler par terre mais j’ai fait comme si de rien n’était. D’ailleurs j’avais pas vraiment le temps vu l’enjeu et la deadline imminente. Je me revoyais quelques années auparavant, rêvasser devant le diable s’habille en Prada sous ma couette à Bruxelles. Ma vie avait pris un tournant différent, c’est certain. J’étais excitée comme une puce. Vogue, non mais Vooooguuuee !!!!! S’il y a bien une raison valable de se lever au beau milieu de la nuit, c’est celle-là.

Bon, j’ai décidé de vous épargner les stupeurs, tremblements et autres détails techniques et logistiques des quelques jours au bureau avant le jour J. Pression au maximum, budget au minimum, système D, envie de se jeter par la fenêtre toutes les dix minutes et tout le tralala. Venons-en au grand jour (ou plutôt au grand matin).

J’avais dormi chez mon nouveau copain (celui qui est aujourd’hui mon mari). Malgré mon job qui demande un sens aigu de l’organisation, je suis bordélique et désorganisée dans ma vie personnelle. Je n’avais pas trop prévu le coup et je n’avais pas grand chose à me mettre. Et puis quand tu sors avec quelqu’un depuis un mois et demi, tu évites d’arriver avec deux valises sous le bras quand tu dors chez lui.

Je me suis donc retrouvée avec une chemise en toile de coton ample bleue claire qui traînait par là, un boxer bleu marine de mon mec en guise de short (le ridicule ne tue pas) et une paire de spartiates Madewell. J’aime pas trop me coiffer en général alors à cette heure-là, je vous dit pas la tête ! Chignon coiffé, décoiffé, ébouriffé, impossible de le caractériser. Je vais passer du temps à regarder des conneries à la télé mais je ne passerai jamais plus de quelques minutes dans la salle de bain. J’aurais trop l’impression de perdre mon temps et il s’avère que j’aime perdre mon temps comme je l’entends (spéciale dédicace aux princes de l’amour et au revisionnage des sept saisons de Charmed qui réchauffent mes longues soirées d’hiver). No make up à l’époque autant par manque de temps et de savoir-faire que de revenus.  En résumé j’avais l’air d’avoir quatorze ans. Taille moyenne, mince et baby face : il n’était pas rare que les gens doutent de ma majorité à l’époque (mais ça c’est un autre problème).

Il n’y a rien à faire, je ne suis pas du matin. J’étais déjà de mauvais poil à l’idée des fashion weeks de septembre qui approchaient avec leurs nuits de sommeil très courtes et leurs réveils beaucoup trop matinaux.

Après m’être levée à 4h du mat, il fallait que j’aille chercher mon boss chez lui en taxi. Je devais traverser la ville d’est en ouest du Lower East Side à Soho. Pas de trafic à l’horizon, le trajet était bouclé en moins de dix minutes. A peine rentré dans la voiture, j’ai droit à la blague de l’année :  “Au moins je ne te demande pas d’aller me chercher un café avant de passer me prendre” Mais j’espère bien, mon coco. “Si tu étais l’assistante de ma fiancée, tu aurais du arriver avec son Chai Almond Milk Latte et venir la chercher dans notre appartement”. Ca le fait rire en plus, ce petit polisson. Hahaha, je ris jaune, je fais bonne figure mais j’ai envie de l’étrangler en réalité. Sa fiancée, c’est le cliché par excellence de la fille qui bosse dans la mode. Elle est fashion stylist (elle s’occupe du stylisme de nombreux shootings photo pour de grands magazines russes et italiens principalement) et rentre dans tous les clichés de la boss exécrable. Elle est imbue de sa personne, tyrannique, machiavélique. Elle crie à qui veut l’entendre qu’elle est New-Yorkaise pure souche mais moi je connais son secret : elle vient du fin fond du New Jersey. Bref, si Raphaelle Ricci m’avait demandé de décrire mon humeur du jour, j’aurais dit un parfait 50/50 entre excitée et excédée.

Mais recentrons-nous sur ce qui est important : je suis en direction des bureaux de Vogue en plein Times Square et mon boss pourrait être un tyran irrespectueux. Cher petit jésus, merci de m’avoir donné le job de mes rêves et surtout de ne pas m’avoir collé un patron qui me traite comme une esclave . La positive attitude à toute épreuve et à tout moment, c’est la clé du succès, non ?

Ca y est, on y est ! Autant vous dire qu’on ne rentre pas chez Vogue comme dans un moulin. Ils ont mis 45 minutes à vérifier notre identité à la sécurité. Et puis l’ascenseur magique (enfin l’ascenseur de service) qui mène au paradis. C’est un sentiment vraiment cool de fouler le sol de cette institution et de voir ces cinq lettres sur le mur. Comme si une simple visite validait le fait que oui, tu bosses dans la mode à NYC et des millions de fashionistas rêveraient d’un moment comme ça. Après la minute émotion, on se met au travail. On s’active comme des petites fourmis pour que tout soit parfait pour le passage de notre poulain devant le jury. On se retrouve dans le hall du magazine à fignoler les détails de notre chef d’oeuvre, côte à côte avec les équipes des autres nominés. Puis l’attente, aussi longue que d’habitude dans la production d’événements. Dans un souci de perfection, il faut toujours que tout soit fait largement à l’avance et qu’on soit en sur effectif afin de ne pas flancher au moindre imprévu. Mais là on avait vraiment tout prévu. L’atmosphère est détendue, on papote et on rigole.

On dit toujours qu’en amour, c’est quand tu t’y attends le moins que ça te tombe dessus. C’est pareil avec Anna Wintour. Tu te marres comme une pintade à gorge déployée avec ton collègue le floral designer en arrangeant un bouquet pour le décor et tu oublies que tu es dans les bureaux de Vogue. Tu es fatiguée, c’est l’été, tu vis à NYC, tu bosses dans la mode et t’as rencontré un mec mortel. Et pendant que tu ris sans retenue la bouche grande ouverte et la tête en arrière, tu sens que quelqu’un te fixe. Vous savez quand vous sentez quelqu’un qui vous regarde avec insistance et que vous sentez son regard avant de le voir. Lunettes de soleil, cheveux au carré, look BCBG. Je la connais celle-là. J’ai failli ne pas la reconnaître car ses lèvres d’habitude pincées étaient pour le moins décontractées. Cette femme me regardait avec insistance en souriant. En SOU- RI-ANT !!!! Allo allo ?!?! Quand on y pense, elle doit avoir une flopée de pimbêches qui lui lèchent les bottes à la minute et se taisent dès qu’elle entre dans une pièce. Elle a du apprécier voir une gamine sans fond de teint, sans talons et sans manières (oui je me jette des fleurs..). Ou alors, elle pensait juste à ce qu’elle allait manger pour le déjeuner…on ne le saura jamais. Alors j’ai continué à rigoler, j’ai fait comme si de rien n’était et je suis retournée à mes moutons.                                                                                                                                                                   

Moralité : si tu veux un sourire d’Anna, fais comme si elle était pas là.


About The Lazy Frenchie

Journaliste et blogueuse, Aurélie vit à New York depuis 2011. Elle a travaillé pendant de nombreuses années dans l’événementiel et plus spécifiquement pour les industries de la mode et du luxe. Quelques fashion weeks plus tard, elle partage aujourd’hui son emploi du temps entre une école de langues à Tribeca, où elle enseigne le français, et l’écriture d’articles pour divers sites et blogs féminins. Ses sujets de prédilection sont New York, les voyages, la mode, la déco, le bien-être et tout ce qui touche de près ou de loin à la cuisine. Suivez-la en image : @the_lazy_frenchie. Pour plus d’informations, contactez-la à l’adresse suivante: aurelie@thelazyfrenchie.com


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